La relation au corps dans le formation des soignants

Le rapport au corps dans la formation initiale des différents soignants est parfois sous-estimé. Un tel rapport renvoie pourtant à la question : « Que puis-je produire d’autre que des actes techniques ? » ou encore : « Que puis-je penser des soins à partir de ma propre expérience corporelle ? » En se mettant à l’écoute du corps, de larges pans de la pensée, du questionnement éthique affleurent soudainement. Nous proposons un atelier corporel exploratoire qui permette d’explorer des questions liées à l’identité et au sens de sa pratique. Il s’agit « de mise en situation réelle ou fictionnelle », occasion, non pas de mesurer la précision du geste technique, mais d’exprimer ce qui se joue dans la relation de corps à corps.



Objectifs

La formation se présente sous forme d’ateliers au sein desquels sont abordées avec les participants la question de la relation au corps et celle de la dynamique et des modalités pédagogiques propices à éveiller les étudiants à cet aspect incontournable de leur future pratique : la relation au corps. Le choix précis du contenu de la formation au sein d’un établissement et la durée de celle-ci sont déterminés à partir des attentes exprimées et des priorités souhaitées. Les quatre axes présentés ci-après permettent d’identifier ce que l’on souhaite plus précisément prioriser au sein d’une équipe pédagogique.



Contenu

« Je suis un corps qui parle »

 

« Pendant toute notre vie, nous répétons ces quelques mouvements sans jamais les remettre en question, sans comprendre qu’ils ne représentent qu’un très petit échantillon de nos possibilités. […] Non seulement notre vocabulaire est réduit mais aussi notre capacité de penser, de raisonner, de créer. Quand un être ne se sert que d’une centaine de mots qui forment sa langue, on dit qu’il est un débile mental. Or la plupart d’entre nous n’utilisent que quelques variations d’une centaine des 2000 mouvements (au moins) dont l’être humain est capable. Mais nous ne prendrions jamais au sérieux celui qui suggérerait que nous sommes des débiles moteurs… (Thérèse Bertherat, 1976,)

 

Dans le cadre d’ateliers corporels proposés aux soignants, nous travaillons la question du corps débarrassée de l’anamnèse, de l’efficacité et du rapport de force entre celui qui sait-ce-qui-est-bon-pour-l’autre et celui qui aurait tout-à-apprendre-à-propos-de-lui-même.

 

Quand on choisit de travailler dans les métiers du soin, on aspire généralement à développer une relation d’aide qui dépasse la reproduction d’actes. Or, le discours actuel sur le management des soins est dominé par des pratiques qui se veulent efficaces à court terme. Nous en connaissons pourtant les limites et les souffrances. Les infirmières ont-elles la possibilité de s’approprier un discours singulier sur le corps qui ne soit ni celui du médecin, ni celui d’un gestionnaire

de tâches ? Quelle est la part de créativité laissée aux soignants ? Leur est-il permis de s’exprimer dans une relation qui ne soit pas en permanence commandée par la sécurité ou l’ergonomie, ni par la honte de laisser transparaître un peu de leur humanité ?

 

Concernant le rapport au corps, la question devient : « Que puis-je produire d’autre que des actes techniques ? » ou encore : « Que puis-je penser des soins à partir de ma propre expérience corporelle ? » En se mettant à l’écoute corps, de larges pans de la pensée, du questionnement éthique affleurent soudainement. Nous proposons un atelier corporel exploratoire qui permette d’explorer des questions liées à l’identité et au sens de sa pratique. Il s’agit « de mise en situation réelle ou fictionnelle », occasion, non pas de mesurer la précision du geste technique, mais d’exprimer ce qui se joue dans la relation de corps à corps.

 

L’objectif de cet atelier est d’exprimer ce qui se joue en marge du prescrit (ou au centre, c’est selon) ; en plaçant l’accent sur la situation vécue plus que sur le résultat. Qu’est-il possible de laisser apparaitre de soi en situation de soins, et peut-on en faire l’objet d’une réflexion en groupe ? Il convient au passage de questionner l’attitude de chacun face aux procédures : chaque soignant n’a pas forcément l’envie de s’aventurer dans l’inconnu, de s’exposer à l’inconfort et au jugement des autres, alors qu’un boulevard de protocoles s’ouvre devant lui.

 

La fiction questionne les rôles sociaux : quand on improvise 20 minutes sur « l’accompagnement de l’autre », on se surprend à laisser tomber le masque, à exprimer ce que l’on s’était toujours empêcher de penser. Les comédiens, les danseurs, les psychomotriciens le savent : le jeu autorise plus de liberté que la fonction sociale. La fiction renoue avec l’intelligence émotionnelle : ce qui se joue avec/dans mon corps attire mon attention sur ce qui est justement « hors procédures » ; le moment est potentiellement dangereux ou bénéfique. C’est là que la pensée critique commence.

 

Concrètement, voici quatre axes qui sous-tendent nos ateliers dont l’objectif est de sensibiliser les professionnels aux ressources de la dimension non verbale en situation de soin :

 

  1. Exploration de la dimension expressive du corps 

 

Par le biais d’exercices sur des tapis ou dans l’espace, à deux ou à plusieurs, il s’agit d’aborder le corps de l’autre en partant de l’idée que, privée de la parole, notre enveloppe corporelle envoie des signaux forts. À plus forte raison quand nous touchons ou quand nous sommes touchés. Ces signaux sont l’expression de besoins fondamentaux. Nous proposons des exercices qui permettent de s’abandonner, de lâcher prise mais aussi d’aborder, voire d’envelopper, le corps de l’autre sans que ce contact soit perçu comme une « prise de corps ».

Paramètres travaillés : la respiration, le tonus, le rapport à l’espace, l’ancrage, la proxemie, le toucher empathique, le mouvement, le regard ;

 

  1. Métaphoriser son travail 

 

Nous travaillons ici sur la métaphore de la relation soignant–soigné. Nous proposons des improvisations non verbale sur des concepts. Que signifie « être là » pour l’autre ? Faut il être proche, aborder l’autre frontalement, par le regard, une main sur son corps ? Que signifie « la juste distance » ? Comment, pour une sage-femme, métaphoriser une naissance difficile, un corps noué ? Nous créons des situations poétiques, lentes, c’est-à-dire à la fois éloignées de la réalité de l’hôpital (mais y faisant référence par le choix des postures) et productrices de sens, parfois encore jamais nommé par le professionnel.

 

  1. Passer par la fiction pour exprimer un fragment de l’expérience humaine.

En délimitant une scène, nous proposons un travail sur le masque, l’improvisation à partir de photos, où le regard, la respiration et les distances interpersonnelles tiennent une grande place. Nous expérimentons la rencontre, la séparation, la solitude, le manque. Comme nous sommes dans la fiction, il est à chaque instant possible pour le participant d’affirmer sa présence corporelle (« c’est moi ») et simultanément de se cacher derrière le personnage.

 

  1. Pratique de « l’écriture réflexive vagabonde » 

 

Les participants tiennent un cahier dans lequel ils consignent leurs réflexions survenues au hasard des expériences. L’authenticité et la réflexivité sont valorisées : exprimer quelque chose de poétique sur son propre corps (ou sur celui des autres). Nous demandons parfois aux participants de prendre des photos, en dehors de l’atelier, de mettre en scène des relations non verbales. Que racontent ces images ? Sans doute une part d’innommé qui réside en nous.



Méthode pédagogique

La méthode pédagogique conjugue des apports de connaissances à des aspects pratiques tirés, entre autres, de l’expérience de chacun et des interrogations exprimées.

Interactive, la pédagogie est basée sur les échanges entre le formateur et les personnes en formation et entre les membres du groupe eux-mêmes. Les expériences des uns sont ainsi réutilisées pour aider à la compréhension des autres membres.

Tout en respectant les objectifs de la formation, une grande souplesse préside au suivi des journées. Celle-ci est nécessaire pour être à l’écoute de chacun dans ses interrogations, ses craintes éventuelles ou ses difficultés. Des liens entre les concepts éclairants des expériences heureuses ou malheureuses permettent de mieux les appréhender et de comprendre ce qui a pu réussir ou mettre en difficulté. Des apports réglementaires et conceptuels seront apportés en lien avec les situations. L’échange et les reformulations permettront de s’assurer d’une compréhension commune.

La posture des formateurs du GEFERS est ancrée dans l’accompagnement du cheminement de chaque participant afin d’assurer la compréhension et l’intégration des apports de la formation. Sur le plan éthique, cette action de formation se déroule dans le souci du respect de chacun et de la tolérance aux situations présentées. La confidentialité et la non substitution à l’autre sont posées comme des règles incontournables.



Évaluation

Un premier temps d’évaluation individuel des acquis de la formation est prévu à l’issue de la session de formation sur support écrit. La grille servant de support peut être remise au Service de la formation de l’établissement.

Un second temps d’évaluation en présence d’un responsable des services concernés et du responsable de la formation continue de l’établissement est recommandé.

Ces deux temps de formation pourraient être suivis par une procédure menée par l’établissement et dont nous pouvons convenir, si cela est souhaité, les modalités en commun. L’expérience menée dans d’autres établissements est celle de réunir deux groupes environ six mois après la formation et en présence de responsables de l’établissement afin d’échanger sur les effets de la formation, les bénéfices observés et les difficultés rencontrées.


Accueil des stagiaires présentant un handicap

Afin d’adapter les méthodes pédagogiques, l’accueil, l’organisation de la salle et l’enseignement, il est souhaité que le formateur soit avisé de la présence d’une personne présentant un déficit sensoriel ou moteur.


Public

  • Équipe formateurs
    /
  • Formateurs, enseignants
    /


Intervenant

  • Cédric Juliens
    ,


Pré-requis

Aucun



Durée

2 jours minimum


Lieu

À définir


Dates

Pas de dates disponibles


Tarif

Dès 100€ /j. /p. pour un groupe de 12


Délais d'accès

Sous 2 semaines




Rèf. GEFERS : P04
Rèf. OGDPC : 4196

Mis à jour le 19 octobre 2021