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FRANCHIR LE SEUIL ET HABITER LE SOIN
Quelle éthique pour accéder à l’autre?
Franchir le seuil, dans l’intitulé de ce colloque, ne désigne pas d’abord un lieu — le domicile, une chambre, un cabinet — mais un geste : celui d’un pas fait vers l’autre, quel que soit l’endroit où se noue la relation de soin. Entrer en relation avec un patient, un résident, une personne accompagnée, c’est toujours accepter d’entrer dans son intimité, son identité, sa manière singulière d’habiter le monde. Ce geste engage une responsabilité éthique : comment accéder à l’autre sans s’imposer, sans réduire sa singularité et sa manière de vivre ce qu’il a à vivre à un protocole ou à un acte technique ou encore à ce qu’il y a à faire ?
Mais ce franchissement du seuil n’est jamais anodin. Même attendu, sollicité ou consenti, le soin peut être vécu comme une intrusion. Entrer dans un domicile, approcher un corps, accéder à une histoire personnelle ou partager une vulnérabilité, c’est pénétrer dans un espace qui ne nous appartient pas. Qu’est-ce qui autorise ce franchissement ? Le consentement à être soigné implique-t-il nécessairement celui de dévoiler son intimité ? Comment reconnaître les frontières, parfois invisibles, que chacun érige autour de soi ? Et comment demeurer attentif à un consentement qui peut évoluer au fil de la relation ?
La relation de soin se construit également dans une tension entre proximité et distance. La confiance conduit parfois à une familiarité, des confidences, une présence répétée, voire un attachement réciproque. Comment accueillir cette proximité sans entretenir une confusion des places ? Comment rester un professionnel du soin lorsque l’on devient presque un proche ? Inversement, comment préserver la juste place du professionnel sans faire de la distance une indifférence ? Cette recherche d’une juste proximité, toujours singulière et jamais définitivement acquise, constitue, elle aussi, une exigence éthique.
Toutes ces questions deviennent plus pressantes alors que les modèles de santé se transforment : la technicité progresse, les protocoles se multiplient, les outils numériques s’imposent, souvent au prix d’un amenuisement de la relation humaine. « Habiter le soin », c’est alors refuser que ce pas vers l’autre se résume à une succession d’actes ou à une routine : c’est ne jamais perdre de vue la personne soignée comme sujet, comme citoyen à part entière, et questionner sans cesse son pouvoir d’agir — sa capacité de rester acteur de son parcours et, dans tous les cas, se rappeler en permanence que c’est toujours de son corps et de sa vie dont il est question.
Mais qui, finalement, habite le soin ? Celui qui le dispense, celui qui le reçoit, ou ceux qui contribuent ensemble à lui donner sens ? Franchir un seuil ne signifie pas nécessairement être autorisé à occuper durablement l’espace dans lequel on entre. La personne soignée peut-elle encore définir la place qu’elle souhaite accorder au professionnel, négocier les conditions de sa présence, lui opposer un refus ? Et le soignant est-il prêt à accepter que cette rencontre le transforme lui aussi, en mettant à l’épreuve ses savoirs, ses convictions et ses propres limites ?
Les territoires ici en jeu, sont bien plus que des espaces physiques : ils concernent la frontière entre les champs professionnels, la complémentarité nécessaire entre intervenants (médical, paramédical, social et autres), et la continuité des parcours d’aide et de soins — qu’il s’agisse d’une sortie d’hôpital suivie de soins de rééducation, d’un relais entre structures, ou, parmi d’autres situations, d’un accompagnement à domicile. Penser ces territoires comme des territoires de présences et de savoirs partagés, plutôt que comme des frontières qui séparent, est une condition de l’éthique du prendre soin aujourd’hui, quel que soit le cadre dans lequel ce soin se déploie.
Ce colloque, organisé par le GEFERS en partenariat avec l’IFMK de de l’Université Bourgogne Europe de Dijon, propose d’explorer ces questions à la croisée de l’éthique, des pratiques professionnelles et des organisations de santé, dans tous les lieux où se joue, chaque jour, ce pas vers l’autre.
À propos des JIFESS
Les Journées itinérantes francophones d’éthique des soins de santé sont organisées par le GEFERS dans une région ou un pays en collaboration avec des partenaires locaux. Elles s’adressent à tous les professionnels du système de soins sans distinction de qualification. Elles concernent tous les lieux de la pratique tant dans les différents types d’établissements de soins, qu’en cabinet individuel et de groupe ou à domicile.
Résolument tournées vers une éthique du quotidien, elles poursuivent le but de réunir des professionnels en vue de :
- partager des interrogations et expériences
- proposer des connaissances
- susciter des réflexions relatives aux questions éthiques que soulèvent :
- la pratique quotidienne des soins
- leurs modalités d’organisation
- la formation initiale et continue des professionnels.
Organisées durant deux journées consécutives, elles conjuguent des séances plénières et des sessions parallèles.
